Moussa DJITTE, la bibliothèque a eu un impact sur ma vie

mardi 1er mars 2022
par  LEA
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Moussa Djitte, a géré la bibliothèque Lire en Afrique de Mecké pendant 8 ans.
Il a aussi proposé d’assister Lire en Afrique. C’est ainsi qu’il a passé beaucoup de temps avec Éliane à Joal, lors de l’arrivée des conteneurs, à vider les cartons arrivés, classer les livres reçus, et les remettre en cartons de façons organisée pour constituer les dotations des futures bibliothèques.
Maintenant, il vit en Argentine où il a émigré.

Moussa Djitté, témoignage du 17/12/2018

Bibliothécaire à la bibliothèque de Mecké de 2007 à 2015

À la maison, on avait une bibliothèque, mon père était un amoureux des livres, c’est lui qui m’a transmis cet amour de la lecture. J’étais toujours en contact avec les livres.
Un jour, mon oncle m’a appris qu’il y aurait une bibliothèque à Meckhé qui était gérée par des bénévoles. Je me suis porté volontaire et j’ai fait 8 ans à la bibliothèque malgré les turbulences, on a été chassés, déménagés, on a dû changer de local plusieurs fois, on n’a jamais eu l’accompagnement des autorités municipales. Mais, J’ai pu maintenir la bibliothèque vivante. Et puis, avec mon départ en Argentine, je l’ai confiée à une autre génération.

Par chance, nous avions toujours les œuvres au programme à la bibliothèque. A part les stocks très maigres des collèges, c’est la bibliothèque qui avait une disponibilité en œuvres du programme ce qui attirait les lecteurs. Les autorités scolaires, du primaire, du collège et du lycée ont senti un impact sur les résultats des élèves et ce sont les professeurs qui ont travaillé avec moi qui ont témoigné de ces bons résultats.
J’ai beaucoup lu, quand je parle avec des gens ils pensent que j’ai fait des études universitaires, mais je ne suis allé qu’au collège. Je me suis beaucoup auto-formé, j’ai lu de la philosophie.

Gérer la bibliothèque m’a permis d’être en contact avec les autorités municipales, même si nous ne sommes pas toujours arrivés à solutionner les problèmes. M’occuper de la bibliothèque a fait de moi une autre personne. Les autorités municipales parlaient avec moi, tenaient compte de mon avis. J’étais par exemple invité aux discussions du budget comme acteur culturel.

J’ai formé beaucoup de jeunes à la gestion de la bibliothèque, j’ai confié beaucoup de mes tâches à des jeunes enfants, pour leur apprendre à enregistrer les prêts, à classer, à tenir les registres. Ce sont des jeunes que j’ai très tôt responsabilisés à la gestion. ça a eu un impact sur leur vie, certains de ces jeunes sont maintenant gendarmes, maîtres dans l’élémentaire, enseignants.

Participation en appui à Lire en Afrique à la préparations des dotations à Joal

Lire en Afrique m’a permis d’être en contact avec d’autres cultures que je ne connaissais pas, les sérères par exemple, j’étais un peu bloqué personnellement.
Dans le contact avec vous, Lire en Afrique, vous avez fait de moi un rebelle à mon milieu, je suis devenu un anticonformiste, vous avez hissé mon niveau intellectuel. Grâce à vous, j’ai acquis le sens du travail, j’ai compris le sens de ce mot, le sens de l’organisation, le travail prime sur tout. Vous n’improvisez pas, tout est organisé.
Ma mère me dit que je suis compliqué parce que je planifie tout.
Dans le travail à l’arrivée des conteneurs, c’est avec l’organisation qu’on arrivait en 20 jours à tout trier, étiqueter, mettre en carton.
Je ne l’oublierai jamais.
Vous êtes très pragmatiques, je vois que vous ne traînez pas, tout est bien organisé avec beaucoup de stratégie.

En Argentine

Depuis que je suis en Argentine, et grâce à l’influence de Lire en Afrique je me suis métamorphosé. Je suis un autre Moussa que celui que j’étais au Sénégal. Au Sénégal, les gens te demandent sans cesse de l’argent et te racontent des histoires. Ils ne te parlent que de religion aussi.
Ici en Argentine, pas de racisme, mais plutôt de l’ignorance de l’Afrique, la haute classe est un peu cultivée. Il y a tellement d’ignorants et beaucoup d’insécurité du fait de la consommation de drogue.

J’ai du mal à collaborer avec les associations de sénégalais en Argentine, je vais vite et bien avec beaucoup d’organisations mais chez mes compatriotes, ça n’est pas le cas.

Si j’avais une fille, elle s’appellerait Éliane. Éliane, tu m’as fait sortir du chaos. Je pensais que ce n’était pas ça la réalité de la vie, beaucoup de choses sont à changer au Sénégal.

J’ai beaucoup profité du poisson à Joal, Je ne bois toujours pas de bière, même les Argentins me posent la question. Maintenant pour moi, ne pas boire d’alcool, ça n’est plus lié à la religion, mais à la promesse que j’ai faite à ma grand-mère. Mes oncles ont tous été victimes de l’alcool.

Je ne sais pas si je suis croyant ou pas, je suis dans ma spiritualité. Maintenant je ne parle ni de Jésus ni de Mohamed ni de Serigne Touba.

J’ai pris beaucoup de recul en arrivant en Argentine. Comme vous m’avez parlé de Sankara, j’ai beaucoup lu et vu des vidéo sur lui, et il est entré en moi.

Les Marabouts, je dis que ce sont des Ma-rats-bouts, pires que la peste.

Mes compatriotes m’ont déjà rejeté comme sénégalais, ils me disent que je suis un « Niac », je ne passe pas dans leur réunion. Je déplore qu’il y ait beaucoup d’hypocrisie chez les intellectuels au Sénégal.

À Buenos Aires, il y a plus de gens qui ont voyagé, dans la province où je vis, ce sont des Indiens. Il reste beaucoup à faire pour améliorer le niveau d’éducation en Argentine.

J’ai beaucoup suivi l’histoire de Che Guevara.

Quand j’entends parler des gilets jaunes, je vois qu’ils mènent La lutte sociale. Au Sénégal, ils refusent de la mener.

Quand je reviendrai, j’offrirai une semaine de travail gratuit à Lire en Afrique.


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