Projet Science en Casamance

dimanche 27 février 2022
par  LEA
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Marie Girod, bibliothécaire à Ballancourt, dans l’Essonne, fondatrice de l’association « A fonds la sciences » nous a confié que l’un des vecteurs d’accès à la lecture et à la fréquentation des bibliothèques est, selon son expérience, le documentaire scientifique. Des animations scientifiques organisées en bibliothèques favorisent la promotion de cet accès à la lecture. De notre côté, à Lire en Afrique, nous avions constaté, sur le terrain, l’absence d’intérêt aux questions et à la démarche scientifiques, faute de supports à disposition. Mr Mbengue, enseignant en mathématiques à Dakar, nous avait alertées : « un élève, de tout son cursus, ne touchera jamais à une éprouvette, tout ce qu’il en verra est, au mieux, un croquis au tableau ! ».
Ainsi, nous avons multiplié les documentaires scientifiques, les œuvres au programme et les ouvrages parascolaires, les « produits d’appel » à la lecture.

Sommaire
Pourquoi des projets sciences ?
Le contexte pour renouveler une opération science est favorable
Lire en Afrique cherche à impliquer les enseignants casançais dans ce projet
Elle monte un partenariat avec l’alliance française de Ziguinchor
Mais l’absence d’engagement des enseignants et le désistement de l’alliance sabordent le projet

Pourquoi des projets sciences ?

Dans la presse nationale, nous avons lu l’interview de l’inspecteur d’académie de Ziguinchor, véritable plaidoyer en faveur de l’enseignement des sciences. Et les sciences, c’est notre marotte.

Dés 2007, nous avions organisé un stage de formation d’une semaine à Yoff, destiné au renforcement des capacités de 20 bibliothécaires de la région de Dakar. Un stage d’une semaine diffusé par les animateurs de l’association « A fond la science ». Au programme une soixantaine d’expérimentations scientifiques, à reproduire en bibliothèque. Ces expériences couvraient les 8 domaines des connaissances scientifiques et étaient accompagnées d’une exposition itinérante et d’une sélection d’ouvrages. Elles devaient être déployées dans les bibliothèques par les bibliothécaires formés. Pour tester la mise en pratique des connaissances acquises par les bibliothécaire et assurer, au besoin, un appui dans le déploiement, nous avions, nous-mêmes, organisé les premières journées sciences dans 3 bibliothèques : Dioffior, Pikine et Joal.

Le succès de ces trois journées nous a alors incitées à renouveler cette expérience.
Le contexte pour renouveler une opération science est favorable.

Dans le même temps, les déclarations de l’inspecteur d’académie, Ismaela Diouf, en novembre 2014, nous confortent dans cette idée. ‘’Enseigner les sciences tout en s’amusant ça pourrait être très intéressant, parce que très souvent, l’approche fait que les mathématiques et les sciences physiques deviennent très rebutantes pour les élèves. Mais si on prend une approche ludique, les élèves seront très intéressés’’, déclare-t-il. Lire en Afrique a mis en place 30 bibliothèques dans cette zone géographique, pourquoi ne pas organiser une initiative transverse, incluant les enseignants de SVT ?

Nous prenons contact avec notre correspondant, Mamadou Diedhiou, Inspecteur d’académie en Casamance. Nous avions fait sa connaissance en 2005, lorsque Lire en Afrique était intervenue dans la bibliothèque de son village, Kagnobon, par un don de 1500 livres et de 5 étagères. Depuis nous avions continué à entretenir des relations par téléphone ou par mail.

Lire en Afrique cherche à impliquer les enseignants casançais dans ce projet

Il nous donne les coordonnées de son confrère de Ziguinchor, Ismaela Diouf, cité dans l’article de presse. Nous le rencontrons lors de notre mission en Casamance en décembre 2014. Dans les couloirs de l’inspection, notre regard est attiré par des banderoles sur le renforcement de compétence et sur l’autoformation des enseignants avec regroupement périodique. L’inspecteur Diouf, auparavant en poste à Dakar, est arrivé il y a 6 mois à Ziguinchor. 14% seulement des élèves s’orientent vers les filières scientifiques, d’où sa campagne en faveur de la science amusante. Éliane évoque la situation des documentaires scientifiques peu lus dans les bibliothèques du réseau Lire en Afrique et regrette le peu d’appétit des enseignants des disciplines scientifiques. Il suggère d’intégrer les professeurs ou les responsables de secteurs dans nos formations, proposition difficilement praticable dans la mesure où nos formations sont uniquement axées sur les aspect pratiques de la gestion des bibliothèques. Après discussion, il est convenu, sur une idée d’Éliane, que l’académie informera les enseignants de l’existence des bibliothèques et de leur fonds scientifique, à charge pour eux d’encourager les élèves à s’y documenter. Il reconnaît que les enseignants sont conservateurs. Il évoque un projet de Parc des sciences et de la technologie, une sorte de planétarium. On lui laisse la liste des bibliothèques Lire en Afrique de Casamance.

Elle monte un partenariat avec l’alliance française de Ziguinchor

Nous rendons ensuite visite au directeur de l’Alliance Française de Ziguinchor. La bibliothécaire remercie à nouveau Lire en Afrique pour le don de livres « Allez les filles ». Le directeur, Monsieur Chevillard, est indisponible, il s’occupe d’un geyser d’eau chaude jaillit du toit en provenance du chauffe-eau solaire. De retour une heure plus tard, Il se souvient de nous. Il met un certain temps avant de réaliser que la dotation « Allez les filles », qui lui plait beaucoup, provient de Lire en Afrique. Il a tout regardé avec la bibliothécaire et a été surpris de la qualité de la dotation. Les 2 cartons, que nous avions confiés au bibliothécaire du centre culturel français de Dakar lui sont parvenus par bateau pour 10 000 FCFA, laissé à leur charge.

Il n’a pas de budget d’acquisition et utilise des subterfuges pour se procurer des livres : des paniers en osier déposés dans les hôtels de Cap-Skirring portant le slogan « Donnez vos livres de vacances ». La ville de Saint Maur des Fossés, jumelée à Ziguinchor, a organisé, en France, une collecte de BD « 1000 BD » pour l’Alliance de Ziguinchor et les leur a offerts en vrac, sans se préoccuper de leur acheminement vers la Casamance. Sa sœur les stocke, chez elle, en France et les fait passer peu à peu par des gens en partance pour le Sénégal. À ce jour, seuls 3 cartons sont arrivés. Il a pu faire passer une commande de livres en l’adressant à Sofix export – Jean Charles Martins - par le conteneur envoyé pour le lycée français de Mermoz. Sa recette pour financer l’Alliance Française de Ziguinchor : 1/3 cours, 1/3 locations de salle, 1/3 subventions. Pour augmenter les ressources du centre culturel, il a fait construire, sur le terrain de l’alliance, 3 chambres à louer, qu’il nous propose.

Éliane offre de leur donner la dotation Présence Africaine de plus de 100 titres de cet éditeur et une exposition clé en mains créée par les Editions Clé. Elle évoque le projet sciences, discutée plus tôt avec Ismaela Diouf. Monsieur Chevillard est intéressé par le thème et exprime le souhait d’ associer l’Alliance à l’initiative. S’ensuit une discussion sur ce que pourrait être cette campagne de promotion des ouvrages scientifiques. Il propose un coup d’envoi de la campagne en janvier 2016, dans les locaux de l’Alliance, avec une exposition et des conférences. Lire en Afrique monterait un stage de 3 jours destinés aux bibliothécaires et aux professeurs de SVT, afin qu’ils organisent, dans les bibliothèques, des événements autour de la science. Monsieur Chevillard souhaite que le thème précis porte sur l’environnement, la restauration des mangroves. Ce thème est d’actualité dans cette région où les rives du fleuve Casamance sont en cours de reboisement.

Mais l’absence d’engagement des enseignants et le désistement de l’alliance française sabordent le projet

L’année suivante, lors de notre mission, la nouvelle directrice de l’Alliance française nous reçoit on ne peut plus mal. Elle refuse de nous prêter une salle de classe pour y organiser notre séminaire, ce qui nous était acquis depuis 6 ans, les directeurs successifs nous l’ayant attribuée gracieusement. En contrepartie, nous avions l’habitude d’intégrer la bibliothèque de l’Alliance à toutes nos campagnes de dons de livres thématiques : en un mot, des rapports normaux entre associations soucieuses les unes des autres ! Cette nouvelle directrice refuse également la poursuite des relations et ne veut plus entendre parler de l’opération science pour janvier 2016. « Elle a d’autres projets » nous dit-elle !

N’ayant plus rien de concret à proposer, nous n’avons pas cherché à renouveler les contacts avec l’Inspection d’académie de Ziguinchor, d’autant que, de leur côté, aucune initiative n’a été prise dans l’intervalle contrairement aux engagements donnés. L’adjoint de l’inspecteur, présent lors des entretiens, nous a contactées, peu de temps après l’entrevue, pour solliciter une bibliothèque dans son village d’origine. A cette occasion, nous lui avions demandé s’ils avaient pris contact avec les professeurs de SVT, placés sous leur tutelle et affectés dans les villages qui disposaient d’une bibliothèque Lire en Afrique. Nous nous sommes entendues répondre : « Non, pas encore, nous attendons les prochains budgets » ! Ne voyant pas le lien entre attribution de budget et procédures administratives courantes de management du corps enseignant, tels que contacts téléphoniques ou diffusion de consignes par le biais de circulaire administrative, nous n’avons pas eu l’envie de poursuivre ce projet, sous de tels auspices.

Pour nous, les documentaires scientifiques étaient bien présents dans les collections des bibliothèques, les bibliothécaires, tenus au courant des démarches, étaient alertés. Nous avions fait ce qu’il était possible de faire à notre niveau.


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