À LA RECHERCHE DE SOLUTIONS LOGISTIQUES PÉRENNES D’ENTREPOSAGE

jeudi 24 février 2022
par  LEA

Parmi les problèmes logistiques posés à Lire en Afrique, la question de l’entreposage des livres est l’une des principales.
Dans ce texte, Lire en Afrique retrace toutes les péripéties qui ont jalonné cette recherche, que ce soit en France et au Sénégal.

EN FRANCE, DE L’ENTREPOSAGE ALÉATOIRE À LA MISE À DISPOSITION D’UN DÉPÔT - AU SÉNÉGAL, UN ENTREPÔT POUR LIRE EN AFRIQUE A JOAL ET UN LOCAL A OUAKAM
Sommaire

Collecter des livres en France, oui, mais où les entreposer et comment les expédier vers le Sénégal ?

    • Première époque : 1990-2002 Lire en Afrique expédie les livres par cartons puis par palettes, à partir de locaux inadaptés.
    • A partir de 2002 : grand progrès, Lire en Afrique bénéficie d’un entrepôt en France et de l’opportunité d’expédier des conteneurs entiers vers le Sénégal
    • Si l’accord de partenariat avec ADIFLOR règle le problème de stockage en France, il en génère un autre au Sénégal.

À La recherche de locaux au Sénégal

    • Solution temporaire : deux conteneurs expédiés chez le principal destinataire
    • En 2003 Le Cercle Maurice Gueye de Rufisque destinataire d’une collection de 6000 titres
    • En 2005, le complexe Léopold Sédar Senghor de Pikine reçoit 7000 ouvrages
    • Diverses solutions envisagées
      • Ouakam : sécurité insuffisante pour les livres
      • Rufisque : une solution certes pérenne, mais impraticable
      • Joal sera la bonne solution
    • En 2007, un nouveau local à usage de réserve à Joal sort de terre
    • Un nouveau local à Dakar complète de dispositif

Nouveaux projets, nouveaux besoins d’entreposage

    • La ville de Dakar nous promet un local pour ses propres projets et nous ballade de centre culturel en en centre culturel
    • Un local pour recevoir les livres destinés aux projets de bibliothèques conduits par le Conseil Régional de Dakar
    • La fin des envois

COLLECTER DES LIVRES EN FRANCE, OUI, MAIS OÙ LES ENTREPOSER ET COMMENT LES EXPÉDIER VERS LE SÉNÉGAL ?

  • Première époque : 1990-2002 Lire en Afrique expédie les livres par cartons puis par palettes, à partir de locaux inadaptés.

Pendant les premières années de notre activité, l’essentiel de la composition des dotations destinées aux bibliothèques est réalisé à partir de livres collectés en France. Il ne nous est pas possible de procéder à des achats de livres, en quantité, faute d’apports financiers extérieurs. Les frais de logistique absorbent l’intégralité des cotisations des membres de l’association.

Comment procède-t-on ? Dès qu’une demande de bibliothèque nous parvient, nous rencontrons les candidats pour avancer, avec eux, dans l’élaboration concrète du projet. Une fois les contours du projet validés, Lire en Afrique lance la campagne de collecte en France pour constituer les collections de la bibliothèque à réaliser. L’association s’adresse aux grandes bibliothèques municipales, départementales ou d’entreprise qui chaque année « désherbe », selon le vocabulaire en vigueur, leurs rayonnages pour accueillir les nouveaux livres achetés dans l’année. Les membres de Lire en Afrique se déplacent alors, avec ses propres moyens, pour sélectionner, chez chaque donateur, les ouvrages « désherbés » selon des critères rigoureux (état du livre, adaptation du contenu aux besoins du lectorat sénégalais …). Sélection, manutention, enlèvement, transport, déchargement, nous consacrons beaucoup de temps de nos loisirs à ces tâches autant physiques qu’intellectuelles.

Les livres sont stockés dans des locaux de fortune, mis à disposition par les membres de l’association, (cave, couloir, bureau…). Lorsque tous les livres ont été rassemblés nous cherchons le moyen de les acheminer au Sénégal vers la localité destinataire en l’occurrence Yoff, Ouakam, Sébikotane ou Bargny au cours de cette première période.

Puis, à partir de 2001 jusqu’à à 2004, Lire en Afrique loue un garage en banlieue parisienne. Les livres collectés y sont stockés, recensés, conditionnés, affectés à chaque bibliothèque à constituer. Dans ces conditions, composer des collections équilibrées pour satisfaire les différents types de lectures s’avère encore assez compliqué avec de nombreux va et vient et de nombreuses étapes de traitement. Lorsque les collections sont composées, arrive l’étape de préparation des palettes. Les cartons sont positionnés, si possible en équilibre ! sur des palettes de réforme. Elles sont emballées dans du film plastique pour en stabiliser le chargement et soigneusement étiquetées par destinataire.

Lorsque tout est prêt pour l’expédition vers le Sénégal, arrive l’étape de l’expédition d’une grande complexité pour nous, qui ne sommes pas équipées comme le sont les entrepôts. Les palettes sont sorties du garage de Lire en Afrique de façon parfois épique, en faisant appel aux passants, pour pousser et tirer ce chargement trop lourd jusqu’au camion qui les conduira au port. Arrivées au Sénégal, ces palettes sont acheminées directement vers les bibliothèques destinataires. Chaque bibliothèque reçoit ainsi sa dotation intégrale de 3000 à 4000 livres.

  • A partir de 2002 : grand progrès, Lire en Afrique bénéficie d’un entrepôt en France et de l’opportunité d’expédier des conteneurs entiers vers le Sénégal

En 2002, un virage s’opère dans notre façon de travailler. On nous offre la possibilité de partager, avec d’autres associations, un conteneur à destination du Sénégal. Cette opportunité résulte d’accords passés entre l’association ADIFLOR et le Conseil Régional Ile de France. Ce dernier accorde une subvention reconductible à ADIFLOR pour financer l’envoi, par conteneur, de livres pour le compte d’associations impliquées dans la mise en place de bibliothèques dans les zones de coopération de la Région Ile de France (Nouakchott en Mauritanie, Kayes au Mali, Dakar au Sénégal).

Lors de la première année de l’opération, Lire en Afrique fut la seule des 7 associations bénéficiaires, à faire parvenir un compte rendu détaillé de l’usage de ce transport de livres. L’année suivante, seule Lire en Afrique, s’est manifestée pour demander à renouveler l’opération. Nous disposerons ainsi, chaque année que durera le partenariat ADIFLOR /Région Ile de France, pour nos seuls besoins de transport de livres, de toute la capacité du conteneur soit 22 palettes pour environ 30 à 40 000 livres.

ADIFLOR met alors son entrepôt à la disposition de Lire en Afrique. Nous y déposons les livres collectés et y préparons les expéditions. Cette opportunité arrive à point nommé en effet, Lire en Afrique vient d’être expulsé du garage loué, promis à la destruction pour y construire un complexe immobilier d’habitation.

Avec la possibilité d’expédier un container par an, à partir de l’entrepôt d’ADIFLOR, il devient possible de dissocier la recherche de livres en France, la constitution des collections et l’installation des bibliothèques au Sénégal. Nous pouvons alors profiter de toutes les opportunités qui s’offrent à nous. Nous pouvons récupérer les dons des bibliothèques départementales qui proposent leurs livres désherbés, par milliers. Nous pouvons également nous procurer des livres neufs à moindre coût en profitant des soldes des éditeurs, grâce à notre partenariat avec ADIFLOR.

  • Si l’accord de partenariat avec ADIFLOR règle le problème de stockage en France, il en génère un autre au Sénégal.

A partir de 2003, l’expédition de conteneurs entiers, destinés uniquement à Lire en Afrique, a modifié beaucoup de choses. Nous avions vécu dans la pénurie de moyens de transport pendant les 15 premières années de nos activités. A compter de cette date, nous pouvons utiliser, à plein, les capacités d’un conteneur de 22 palettes, soit entre 30 000 et 40 000 livres chaque année. ADIFLOR, sur la subvention annuelle qu’elle reçoit pour ce conteneur, nous fournit environ 25 % des livres expédiés, essentiellement des manuels scolaires collectés dans les établissements scolaires de France, quelques titres en usuels, livres jeunesse et documentaires. Pour compléter les conteneurs, la collecte de livres auprès de nos partenaires habituels, bibliothèques municipales et départementales, s’intensifie. Autre stratégie, saisir l’opportunité des déstockages d’éditeurs, auxquels notre collaboration avec ADIFLOR nous donnait aussi accès pour acquérir des titres en nombre, pour à peine 10 % du prix catalogue. Entre collecte et achats en nombre, nous nous sommes retrouvées à la tête de stocks importants, en prévision de futurs projets de bibliothèques. Comment gérer au mieux ces stocks et les mettre en réserve en attendant la réalisation des projets ?

À LA RECHERCHE DE LOCAUX AU SÉNÉGAL

  • Solution temporaire : deux conteneurs expédiés chez le principal destinataire

Pour les deux premiers conteneurs, les palettes sont, comme par le passé, destinées à des projets de bibliothèque bien identifiés et y sont routées dès leur arrivée au Sénégal. Mais nous avons complété les conteneurs avec des livres en surplus, titres en quantité à conserver pour les répartir dans les dotations futures. Où les stocker dans l’intervalle ?

  • En 2003 Le Cercle Maurice Gueye de Rufisque destinataire d’une collection de 6000 titres

En 2003, Le premier conteneur est expédié au Cercle Maurice Gueye de Rufisque, centre multiculturel flambant neuf, financé par la société SOCOCIM, qui exploite une usine de ciment dans la localité. Ce centre comporte un magnifique espace bibliothèque équipé d’étagères d’excellente facture mais encore vide de livres. Nous l’avions découvert l’année précédente, lors de notre mission annuelle. Enthousiasmées par le potentiel d’un si bel espace de lecture, de retour en France, notre campagne de collecte permis de rassembler des livres jeunesse (donnés par la bibliothèque départementale de Melun), des ouvrages parascolaires ainsi que la production littéraire de l’année 2003 : ouvrages neufs provenant des espaces librairie des établissements Leclerc et d’un don exceptionnel des exposants du salon de livre « Etonnants Voyageurs » de Saint Malo que nous avons affectés à la bibliothèque du Cercle Maurice Gueye. Sur les 25 000 livres de ce conteneur, 6000 ont été attribués au seul Cercle Maurice Gueye, les 19 000 autres livres ont été triés sur place et dispatchés dans les 12 bibliothèques Lire en Afrique existantes à cette période.

Restait à trouver un nouveau point de chute pour le prochain conteneur.

  • En 2005, le complexe Léopold Sédar Senghor de Pikine reçoit 7000 ouvrages

En 2005, le deuxième conteur est expédié au Complexe Léopold Sédar Senghor de Pikine où nous allons créer une bibliothèque, à la demande de son directeur Baba Ndiaye. Deux semaines ont été nécessaire à l’équipe de Lire en Afrique pour déballer, trier et affecter les cartons reçus, ils alimenteront la bibliothèque de Pikine (7000 livres) et les projets de bibliothèque en cours, principalement en Casamance. Mais il reste 51 cartons destinés aux projets futurs. Où les stocker ? Le directeur, Baba N’diaye, nous propose de les entreposer dans un coin de la bibliothèque, nous acceptons mais cette solution ne peut être que temporaire. A l’évidence, le besoin d’un espace pérenne d’entreposage au Sénégal devient crucial.

  • Diverses solutions envisagées
    • Ouakam : sécurité insuffisante pour les livres
      Le centre socio culturel de Ouakam accepte de nous dépanner pour quelques cartons, mais le lieu n’est pas sûr. Le maire s’est déjà servi, prélevant des dictionnaires, pour alimenter sa campagne électorale. Le responsable du centre n’a pas pu s’y opposer. Il nous conseille donc de déménager nos stocks.
    • Rufisque : une solution certes pérenne, mais impraticable
      Les recherches se poursuivent auprès de nos nombreuses connaissances, mais nous ne trouvons rien de satisfaisant. Louer un garage en guise d’entrepôt en banlieue de Dakar n’est pas possible, parce rare et très coûteux pour nos modestes finances. Le directeur du Cercle Maurice Gueye nous suggère de nous rapprocher de la SOCOCIM. Il nous met en contact avec son directeur, Monsieur Bavard, qui nous reçoit après nous avoir fait visiter la cimenterie. A l’énoncé de notre recherche de locaux, il nous propose un conteneur – « dernier voyage » - à installer sur le terrain de l’usine. Nous le remercions mais réflexion faite, nous nous voyons mal travailler toute la journée dans un conteneur, chauffé à blanc sous le soleil, et de plus, installé dans un no man’s land, pas très accessible. Notre besoin s’affine : Il ne s’agit pas seulement de stocker des livres, mais aussi de disposer d’un espace où préparer les dotations à distribuer aux bibliothèques.
    • Joal sera la bonne solution
      En avril 2004, Eliane choisit une mise en retraite anticipée. Elle dispose désormais de 100 % de son temps pour Lire en Afrique. Ses séjours au Sénégal ne seront plus limités à ses seuls congés annuels. La méthode de travail de Lire en Afrique va s’en trouver transformée. La recherche de locaux à vocation d’entreposage et de préparation s’intensifie.

En décembre 2005, Lors de son séjour à Joal, elle y rencontre Paul Ndiaye, bibliothécaire du CLAC de Joal, et évoque cette recherche de locaux. Spontanément, il en réfère au maire de la commune, auquel il est apparenté. Le maire accepte d’attribuer un local dans l’enceinte de la mairie, mais Paul juge que ce local n’est pas suffisamment sûr, et surtout pas très étanche à la saison des pluies. Il en parle alors à frère Albert Faye, directeur du collège catholique de la Petite Côte, où il a fait ses études secondaires. Le directeur consent à prêter gracieusement une salle de classe de 9mx8m. En contrepartie, Lire en Afrique approvisionnera en livres la bibliothèque du collège. Pour frère Albert, il est plus simple de procéder à du troc que de recevoir de l’argent. Dans le même temps, l’adjoint au maire de Joal, propose de nous octroyer un terrain, à charge pour nous d’y bâtir un local de stockage des livres. Nous optons pour la première solution proposée au collège parce qu’immédiatement réalisable et située dans un endroit sécurisé. Autre avantage, nous y serons intégrées à un environnement vivant, proche de nos futurs lecteurs, avec qui nous pourrons expérimenter les initiatives en faveur de la lecture. Il y a quelques travaux de rénovation à prévoir : poser des fenêtres aux ouvertures qui en sont dépourvues, installer l’électricité, carreler le sol, peindre les murs, et, enfin, faire fabriquer des rayonnages, mais l’affaire est conclue à la satisfaction des deux parties.

En avril 2006, Eliane revient à Joal pour prendre en charge les travaux de rénovation du local proposé au Collège de la Petite Côte. Joal étant un site touristique, équipé d’auberges accessibles, il sera aisé d’y organiser son séjour. Frère Albert Faye aura la gentillesse de lui recommander les artisans avec qui il a l’habitude de travailler. Eliane, qui s’est déjà occupée de la rénovation du dispensaire de Yoff, en 1990 connaît bien la façon de travailler des artisans sénégalais. Aucun artisan ne disposant de fonds de roulement, les fournitures et matériaux sont payables d’avance, des acomptes sont à régler au fur et à mesure de l’avancement, de telle sorte qu’en fin de chantier il ne reste que peu à verser. Un charpentier, Jérôme Dogue, est sur le chantier de reprise de la toiture de la maison des frères du Sacré Cœur, contiguë au collège de la Petite Cote. Frère Albert le met en relation avec Eliane. Il connaît tous les artisans de la localité, et a tôt fait de convoquer électriciens, carreleurs, peintres. Il se chargera lui-même, en tant que menuisier charpentier, des fenêtres et des rayonnages. C’est un vrai plaisir de travailler avec Jérôme. Il fait le lien entre les artisans et Eliane, évitant incompréhensions et entourloupes toujours possibles.

Les étagères fabriquées par Jérôme en bois fraqué, sont très bien finies, bien vernies, elles couvrent tous les murs, ce qui offre une grande capacité de stockage à cette pièce. Trois tables de 80x60, extrêmement maniables, complètent l’équipement. Il reste à acheter, à la boutique, quelques chaises et des ventilateurs indispensables.

A la fin du séjour le local est prêt à accueillir les livres du conteneur prévu en septembre 2006 qui sera suivi de bien d’autres.

  • En 2007, un nouveau local à usage de réserve à Joal sort de terre

En 2007, alors que nous sommes au Sénégal, pour diffuser un stage de formation des nouveaux bibliothécaires à Ngasobil, coup de théâtre. ADIFLOR, pour des questions budgétaires nous appelle à la rescousse. Dans la convention qui la lie au conseil régional Ile de France et dont Lire en Afrique bénéficie, elle dispose d’une enveloppe de 5000 Euros d’investissement à consommer au Sénégal avant la fin de l’année. A nous de lui trouver une solution. Et en quelques jours, Éliane trouve effectivement la solution. Elle s’ouvre à Frère Albert de l’idée de dédier la salle prêtée par le collège à la réception et à la préparation des livres et d’y ajouter un autre local consacré au stockage des collections prêtes à la distribution jusqu’à leur remise aux destinataires.

Spontanément, il propose de faire construire ce nouveau local dans la cour du collège et en délimite lui-même un espace de 6m sur 5m, espace qui viendra séparer le collège de la résidence des frères.

Sans tarder, un plan s’ébauche. Le maçon qui construit la mosquée juste à côté est mobilisé. Ce sera un bâtiment en parpaing, crépi dans la couleur des murs du collège avec deux fenêtres en vis à vis et une porte métallique ouvrant coté collège. La couverture est prévue en tôle de zinc, avec un faux plafond en plâtre pour isoler de la chaleur. L’espace intérieur sera carrelé et une terrasse cimentée joindra ce bâtiment aux salles de classe du collège, afin d’y rouler nos chariots de cartons. Le devis est établi et les matériaux sélectionnés dans des gammes de prix compatibles avec l’enveloppe imposée. Un premier versement permet d’enclencher immédiatement les travaux de gros œuvre.

Vient ensuite la recherche des artisans pour plafond, carrelage, fabrication et pause des fenêtres, porte et peinture intérieure. Comme pour la salle de classe, le menuisier Jérôme Dogue facilite cette étape.

Restent les équipements intérieurs : des étagères où ranger les cartons. Un menuisier métallique à la corpulence et la démarche d’un lutteur, recommandé par Jérôme, va s’en charger. 10 étagères de 1m de large sur 2,5 m de haut sont fabriquées en fer cornière, suffisamment solides pour accueillir chacune 15 cartons. A chaque niveau, deux planches complètent le système de rayonnage, soit en tout 100 planchettes commandées au menuisier.

Voilà une étape importante rapidement bouclée qui améliore considérablement la logistique de Lire en Afrique. A l’arrivée, le conteneur est déchargé dans la salle de classe réservée au traitement. Les cartons y sont vidés, les livres triés, tamponnés et reconditionnés en cartons structurés par type de dotation. Ces cartons, soigneusement étiquetés, rejoignent alors la réserve laissant la place libre pour l’arrivée du prochain conteneur. On peut maintenant collecter indépendamment du rythme de distribution. Ouf, enfin des conditions de travail adaptées !

La nouvelle réserve fonctionne au bénéfice de Lire en Afrique, mais aussi des termites.

L’année suivant la mise en service de la réserve déjà bien remplie de cartons prêts à être distribués, nous découvrons les traces des termites sur les murs de ce local. Ils y pénètrent par les plinthes et naviguent sur tout le pourtour de la pièce. 5 cartons ont été attaqués avec un goût marqué pour le carton ondulé dévoré en priorité avant de passer au grignotage des livres dans lesquels ils s‘installent. Renseignements pris, les services d’hygiène de l’hôpital de Joal, distribuent une poudre anti-termites que nous répandons sur le sol et sur le premier niveau d’étagères. Les cartons posés à même le sol sont sécurisées sur des palettes en bois préalablement passées au Xylophène et emballées hermétiquement dans des bâches en film plastique. Les murs sur lesquels s’appuient les cartons de manuels sont aussi protégés par des bâches plastiques. Les cartons eux-mêmes sont passés au Xylophène

  • Un nouveau local à Dakar complète de dispositif

Nous avons d’autres besoins de stockage, il s’agit des livres que nous achetons à Dakar, dans les librairies de la place et pendant le salon du livre et que devons transférer immédiatement à Joal. Il s’agit également des compléments de dotation que nous distribuons dans les bibliothèques à partir de Dakar. Un local à Dakar nous éviterait ces allers retours permanents Joal/Dakar.

La famille qui nous héberge, à Ouakam, nous propose d’utiliser le garage de leur maison encore en construction dans le quartier Cité Avion. Les travaux n’en sont qu’à l’étape du gros œuvre. Pour rendre cet espace adapté à nos besoins, il faut tout d’abord fermer l’ouverture sur rue en construisant un mur muni d’une fenêtre, carreler le sol, enduire et peindre les murs, poser des portes. Le père du propriétaire, qui s’occupe de la conduite des travaux de construction de cette maison, nous indique les artisans à employer. De nouveau, Éliane est là, en première ligne pour mener ce projet à bonne fin : commander les travaux, en surveiller l’avancement et l’achèvement.

Des étagères de récupération arrivées par container et stockées à Joal, sont installées dans ce nouveau local pour supporter les cartons et les protéger des termites (expérience oblige).

Avec ce nouveau local de 5 m x3 m, nous pouvons travailler avec beaucoup de commodité et en toute sécurité pour les livres, sans générer de frais de fonctionnement à l’association.

NOUVEAUX PROJETS, NOUVEAUX BESOINS D’ENTREPOSAGE

Le local de Joal est dédié au développement des bibliothèques du Réseau Lire en Afrique. A partir de 2008, appelées à contribuer à deux gros projets de création de bibliothèques avec la ville de Dakar puis avec la région de Dakar, la question centrale de l’entreposage à Dakar même va ressurgir avec acuité. La ville de Dakar ne souhaite pas faire le voyage jusqu’à Joal pour pendre livraison de ses dotation de livres, à elle d’offrir de quoi faire arriver chez elle, le conteneur qui lui est destiné.

  • La ville de Dakar nous promet un local pour ses propres projets et nous balade de centre culturel en en centre culturel

Selon l’administration de la ville, la place ne manque pas puisque de nombreux centres culturels ne fonctionnent pas réellement. Des salles dans le nouveau centre socio-culturel de N’gor nous sont allouées par la Direction de l’Éducation et la Culture de la ville de Dakar. Lorsque le conteneur arrive, nous découvrons qu’entre temps les locaux promis ont été alloués à la gendarmerie. Nous n’avons aucun lieu à Dakar où faire arriver le conteneur. En catastrophe, nous le faisons alors livrer dans notre entrepôt de Joal.

Un local dans le centre culturel de Ouakam nous sera alors promis, mais la promesse ne se concrétisera jamais. La leçon à en tirer est que, comme pour le reste, il est préférable de se débrouiller par nous-mêmes que de compter sur des partenaires institutionnels si peu fiables.

  • Un local pour recevoir les livres destinés aux projets de bibliothèques conduits par le Conseil Régional de Dakar

Un projet développé par le Conseil Régional de Dakar, avec le soutien de la Région Ile de France, prend le relais du projet Ville de Dakar pour en étendre le périmètre. Sur les conclusions d’une étude établie par Lire en Afrique, le besoin à minima est évalué à une bibliothèque par commune d’arrondissement, soit 46 sites. En prenant en compte les 11 bibliothèques déjà mises en place par Lire en Afrique sur le territoire de la Région, il en reste 34 à établir. Une première convention triennale entre les deux régions, désigne Lire en Afrique comme opérateur du projet avec 5 bibliothèques à créer par an. Forte de son expérience, Lire en Afrique exige de disposer d’un local où accueillir les conteneurs, traiter, stocker et dispatcher les livres reçus. Après de nombreuses péripéties, ce local sera établi dans le sous-sol de l’hôtel de région, financé en amputant le montant alloué à la convention triennale ce qui ramène le nombre de bibliothèques à 3 au lieu de 5.

Malheureusement, ce local, non conforme aux recommandations de Lire e Afrique, se révélera très peu fonctionnel et malsain pour l’équipe qui y travaillera. Ce local ne recevra qu’un seul conteneur dans la mesure où le projet deviendra rapidement caduc avec la suppression administrative des régions, dans le cadre de la mise en œuvre de l’acte 3 de la décentralisation.

LA FIN DES ENVOIS

En 2016, nous entrevoyons la fin des possibilités d’envoi des conteneurs de livres au Sénégal. L’accord entre ADIFLOR et la région Ile de France qui permettait l’expédition d’un conteneur par an destiné à Lire en Afrique s’est achevé. Nous avons continué à expédier, par deux fois, deux palettes, dans des envois groupés. Mais chaque fois, malgré un séjour de 3 mois, qui nous donnait le temps de réceptionner les livres, les palettes nous ont été livrées in extremis, aux termes de péripéties sans limites avec transitaires, douanes et transporteurs qui ont eu raison de notre capacité de résistance et pour un coût exorbitant, pratiquement équivalent à celui d’un conteneur pour une capacité 10 fois moindre.

Fin 2018, ADIFLOR cesse son activité, faute de subventions, ce qui, de facto, nous prive de notre espace de travail en France.

Pour toutes ces raisons, collectes et achats ont donc cessé en France. En cas de besoin, il reste la possible d’acquérir quelques titres au Sénégal bien que l’offre y soit très limitée.

Il est temps de mettre de l’ordre dans nos stocks résiduels à Ouakam et Joal.

Ouakam hébergera les livres distribués à l’unité en complément des dotations initiales. Ce sera plus simple pour nous de les distribuer à partir de la capitale. Il s’agit de supplément d’œuvres au programme, de littérature africaine, de livres jeunesse ou de manuels particuliers.

A Joal resteront les cartons de livres organisés en dotations complètes, prêtes à équiper les futures bibliothèques. Il n’y aura plus un seul livre qui ne soit conditionné en carton. Nos séjours à Joal, jusque-là organisés sur plus de 4 semaines, temps nécessaire au traitement d’un conteneur, se limiteront désormais à quelques journées, laps de temps suffisant pour organiser la distributions aux nouvelles bibliothèques, surveiller les stocks et, au besoin, effectuer quelques travaux d’entretien.

Après la maladie d’Éliane qui l’a bloquée pendant 1 an et demi à Paris, puis l’impossibilité de nous rendre au Sénégal entre mars 2000 et octobre 2021, nous pensons raisonnable de prévoir et de commencer à organiser la fin de nos activités au Sénégal pour ne pas laisser les choses en l’état puisqu’il n’y aura personne pour prendre notre succession.

En décembre 2021, nous vidons définitivement le local de Ouakam en transférant tous les cartons de livres à Joal et rendons le garage à son propriétaire, qui, artiste plasticien, y organise immédiatement une galerie pour installer et présenter ses œuvres.

De même, à Joal, nous commençons à vider méthodiquement le local de stockage et préparons, par avance, les dotations qui seront livrées aux futurs projets. Plus un carton qui ne soit identifié.